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Histoire : l’enseignement primaire à Roscoff au 19e siècle

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Les premières écoles communales

Avec le départ des prêtres réfractaires et des congrégations religieuses, l’instruction primaire est bien mal en point au sortir de la Révolution. En 1799, Jacques Cambry dresse un bilan alarmant de l’instruction primaire dans le Finistère : « Je déclare avec franchise, depuis ma tournée dans tant de communes, le mot instituteur est pour moi le synonyme d’ignorant et d’ivrogne […] Représentants du peuple, organisez l’éducation publique, ou vous assassinez la liberté. »

Qu’en est-il à Roscoff ? Nous avons fort peu de documents d’archives sur l’enseignement dispensé dans notre commune de 1790 à 1832. Au hasard de la correspondance conservée, ,nous apprenons que Louis Boyer, chirurgien dentiste, « a éduqué gratuitement plusieurs enfants » qu’il a eu « le bonheur de leur procurer une éducation chrétienne et de leur apprendre à bien lire et écrire » (lettre adressée aux officiers municipaux de Roscoff le 10 mars 1790 dans l’espoir d’être indemnisé « égard aux promesses déjà faites pour ses écoles gratuites »).

Une délibération de 1832 évoque « des maîtres ambulants qui journellement vont répandre dans les campagnes quelques notions de lecture et de calcul ; cette classe d’instituteurs n’est point à dédaigner […] il est à désirer que par quelques légères gratifications on veuille bien encourager les deux personnes qui remplissent maintenant cette tâche si difficile ».

À partir de 1820 le budget prévisionnel comporte une ligne de 50 francs pour indemnité de logement à l’instituteur. En 1823, Marc Charles Gras est admis officiellement à exercer à Roscoff. À l’époque aucun diplôme n’est requis, mais il a obtenu son certificat de capacité « en ayant été examiné sur la lecture, l’écriture, l’orthographe et le calcul ainsi que sur les procédés de leur enseignement ». Quand il déclare la naissance de ses enfants à Roscoff, il est d’abord dit organiste puis « instituteur primaire et organiste » dès 1828. Guizot, nommé Ministre provisoire de l’Instruction publique en 1830, souhaite avoir un état de l’instruction primaire en France. Le Recteur de l’Académie de Rennes adresse à cet effet un questionnaire à toutes les communes de son ressort par l’intermédiaire des sous-préfets, le 16 novembre 1831. La réponse à ce questionnaire, datée du 13 avril 1832 et signée par le maire Deschamps, et plusieurs délibérations du conseil municipal de 1831 et 1832 nous permettent de dresser un tableau sommaire de l’enseignement à Roscoff :

  • Roscoff « a depuis longtemps une école d’enseignement simultané », une délibération du conseil municipal précise que cet enseignement est donné à 54 enfants « dont une quinzaine à charge de la commune ou des habitants ». Nous ignorons dans quel local était dispensé cet enseignement, la commune ne possédant « aucun immeuble, pas même unlocal destiné aux séances de la mairie ». L’instituteur perçoit, outre son indemnité de logement de 50 francs par an, un dédommagement pour les enfants indigents qui sont scolarisés gratuitement, soit « en tout 122 francs » et la commune « ne peut dépenser au delà de cette somme à moins d’être autorisé à s’imposer extraordinairement ».
  • « 150 garçons et 120 filles » sont en âge d’être admis dans les écoles primaires (en 1832, Roscoff compte 3250 habitants). La commune souhaite acheter « une maison d’école où indépendamment du logement de l’instituteur on pourra se ménager une salle propre à recevoir 130 élèves », elle estime à 2 800 francs le prix d’achat mais ne peut prendre à sa charge que la moitié.
  • La municipalité souhaiterait que des élèves soient admis gratuitement en versant 10 francs par élève à l’instituteur, mais la commune ne peut seule supporter la dépense et compte sur des aides du gouvernement. Les archives municipales conservent des listes d’enfants indigents susceptibles d’être admis gratuitement, pour les années de 1832 à 1881. 60 pour la rentrée de 1832, soit presque la moitié de l’effectif prévu, uniquement des garçons, des listes moins étoffées pour les années suivantes, par manque de ressources. Ces listes sont précieuses pour une étude sociologique, car elles comportent les noms et prénoms des enfants, leur date de naissance, le nom des parents, leur profession et le quartier où ils habitent. Roscoff se distingue de bien des communes dans son désir de mettre en place un enseignement mutuel : « le conseil reconnaissant à l’unanimité l’avantage inappréciable du mode d’enseignement mutuel ne voit aucune difficulté sérieuse à son introduction dans l’école déjà établie […] Une somme de six cents francs au moins semblerait nécessaire pour suffire aux dépenses que nécessiteront les changements de la nouvelle méthode. » (Conseil municipal du 30 octobre 1831).

L’enseignement simultané pratiqué jusque-làregroupe les élèves par niveau d’apprentissage. La méthode mutuelle, importée d’Angleterre, repose sur le principe du monitorat : jusqu’à 150 élèves peuvent être réunis dans la même salle, sous la direction d’un seul maître secondé par des moniteurs, élèves plus âgés, relayant les consignes aux plus jeunes. Un matériel spécifique doit être prévu avec des tableaux de lecture et de calcul, par exemple. La thèse de Michel Chalopin sur l’enseignement mutuel en Bretagne de 1815 à 1850 nous éclaire sur cette méthode, elle est consultable sur Internet.

L’école des garçons


Ancienne école des garçons - Place de l’Eglise

Le maire est chargé par le conseil municipal du 16 septembre 1832 de désigner la maison susceptible de convenir pour ce type d’enseignement. Son choix se porte sur la maison de « M. Adam, propriétaire demeurant à Brest, située au couchant de la grand’place, près le fort de la croix » pour 2 500 francs. Mais la méthode d’enseignement mutuel, discréditée par l’entourage du ministre Guizot, a-t-elle été réellement pratiquée à l’école des garçons de Roscoff ? Une recherche plus approfondie aux archives départementales du Finistère serait nécessaire pour le savoir.

L’école des filles

« Toute commune est tenue, soit par elle-même, soit en se réunissant à une ou plusieurs communes voisines, d’entretenir au moins une école primaire élémentaire », stipule l’article 9 de la nouvelle loi sur l’instruction primaire du 28 juin 1833. Dans la plupart des communes s’ouvre uniquement une école primaire pour les garçons. À Roscoff, dès 1833, la femme de l’instituteur, Madame Euphrosine Gras, a l’autorisation, à son tour, d’enseigner mais nous ignorons dans quels locaux et pour combien d’élèves.

Pendant 40 ans, une seule institutrice assure l’enseignement dans des bâtiments loués. A madame Euphrosine Gras succède Naincie Le Dault, Maria Irène Gras, madame veuve Lavanant en 1867. Le 31 août 1873, le conseil municipal étudie la demande de madame veuve Lavanant qui réclame une adjointe car elle est seule pour 130 élèves. Le conseil évalue la dépense supplémentaire à 450 francs (minimum) pour le traitement et 50 francs comme indemnité de logement pour l’adjointe. Elle obtient satisfaction et c’est sa fille Léopoldine Lavanant qui est nommée adjointe le 1er mars 1874.


L’école des filles située rue Jules Ferry, bâtiment toujours utilisé pour l’enseignement à l’école Moguerou

Le bail du local des filles arrivant à expiration en 1876, la municipalité décide d’acheter de nouveaux bâtiments ou d’en faire construire. Le conseil à l’unanimité vote l’acquisition de la maison de Jérôme Prigent et sa femme Barbe Moncus, marchands de légumes, au 6 rue des Poissonniers pour 10 000 francs (achat le 23 novembre 1873). Une nouvelle école est construite dans le jardin sur deux étages pour 196 élèves.

La commune doit faire face à de lourdes charges, en matière d’enseignement en particulier. Aussi les taxes d’octroi sur les boissons qui devaient prendre fin le 31 décembre 1876 sont-elles prorogées pour cinq ans par un vote à l’unanimité le 27 février 1876, le maire ayant rappelé qu’il a fallu acquérir un terrain pour l’école de Santec, louer un bâtiment pour l’école en attendant que s’achèvent les travaux de construction du nouveau bâtiment, prévoir l’entretien de la future salle d’asile. La taxe simple sur les alcools passe de quatre à six francs par hectolitre, le prélèvement par hectolitre de bière baisse toutefois de deux centimes, passant de 1,82 francs à 1,80 francs.

(la suite à venir sur les écoles privées...)

Nathalie Calvez-Duigou et Dany Guillou-Beuzit